Amira, diplômée de ScPo Paris

Source : Nouvel Obs http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/12/sans-bourse-merite-nen-serions-244160

Il y a dix ans, presque jour pour jour, j’obtenais mon bac. Un bac L avec un
peu plus de 18 de moyenne. La consécration, et une sacrée revanche pour la fille d’immigrés tunisiens que je suis. Mon père, incrédule et transi de joie, hurle sans discontinuer :

« 18,38 ! »

En ce qui me concerne, l’euphorie est teintée d’amertume : cette année-là, j’ai renoncé à passer les concours d’entrée à Sciences-Po. J’en ai les capacités, mais mes parents n’en ont pas les moyens. Des études à Paris, alors que je vis à Saint-Nazaire ? Avec quatre enfants à charge et le seul salaire de soudeur de mon père, c’est inimaginable.

Quelques jours après l’obtention de mon bac pourtant, une lettre bouleverse mon destin. Le ministère de l’Education m’attribue une bourse au mérite, en plus de ma bourse sur critères sociaux. Au total [bourse sur critères sociaux + bourse au mérite, ndlr], un peu plus de 600 euros par mois !

Les problèmes financiers en partie réglés, je peux donc reprendre mes rêves là où la réalité les a interrompus. Après une année en hypokhâgne, je passe les concours et j’entre à Sciences-Po, directement en deuxième année.

Diplomatie ? Journalisme ? J’ai désormais l’embarras du choix. La bourse au mérite me permet de payer mon loyer à Paris. Mes parents financent le reste. Je multiplie les stages dans les ambassades et les rédactions. Je trouve enfin ma voie : je serai reporter ! J’entre en école de journalisme puis à la rédaction de France 2. Cette fois-ci, la réalité dépasse, de loin, les rêves.

Cette audace, cette ambition, je ne les aurais jamais eues sans la bourse au
mérite. Sans ce soutien financier, j’aurais, sans doute, poursuivi des études de langues ou de lettres à l’université. C’est très bien, mais ce n’est pas ce qui me faisait rêver.

J’ai une pensée pour tous ces jeunes bacheliers méritants mais pauvres, qui devront faire une croix sur leurs rêves. Vos économies, ils en payeront le prix, car ce sont surtout leurs ambitions qui vont être revues à la baisse...