Aurore a pu réussir son Master en droit grâce à la bourse au mérite

Ainée d’une famille de 3 enfants, mes parents souhaitaient donner la même chance à ses trois filles. Avec un salaire de 10 000 francs à l’époque, il était exclu de payer une prépa, une école de commerce ou encore un logement pour suivre un enseignement supérieur en université. Du coup, après l’obtention d’un Bac ES avec mention bien, je me suis dirigée vers un BTS de commerce et de distribution à la CCI de Saint-Raphaël (ma ville natale), en alternance à McDonalds. Avec l’argent gagné j’ai pu me payer le permis de conduire et une opération pour les yeux. Cependant, faire un BTS et travailler à McDonalds était devenu très dur psychologiquement. Je savais que j’étais capable de faire mieux et je voulais me le prouver. Néanmoins, je ne regrette pas cette période, car cela m’a donné le temps de réfléchir, de mûrir et de trouver ma vocation : travailler dans le développement durable. Avec cet objectif en tête, j’ai trouvé un compromis à ma situation après avoir obtenu mon BTS. La faculté de droit de Draguignan à 30 km de chez moi me donnait l’opportunité d’obtenir une licence en droit pour atteindre par la suite – peut-être – le Master II de Strasbourg, seul diplôme qui me permettait d’avoir un enseignement scientifique et juridique. Impossible d’avoir une voiture, j’ai commencé mes trajets en bus… 60 km par jour, c’était loin d’être évident. Mais quelque temps après, grâce à des amies de ma sœur qui allaient également dans la même université, on a trouvé ensemble une solution de covoiturage. Pendant 3 ans, cette solution m’a bien aidé.

Dès la première année de Licence, je suis devenue Major de ma promotion avec une note de 16.97/20 et j’allais poursuivre ainsi jusqu’à obtenir ma Licence avec mention très bien. Durant ces trois années, la bourse sociale était un petit complément, mais j’avais vraiment très peu. Pour continuer mes études à Strasbourg, je devais avoir la bourse du mérite ou c’était fini de mon rêve. L’autre alternative aurait été de poursuivre un Master à la Faculté de droit de Draguignan qui n’offrait alors que des formations en droit privé, ce que je refusais de faire.

J’ai énormément travaillé pour être la meilleure et cela a payé. Je me suis donnée la possibilité d’y arriver par une motivation sans faille et beaucoup de volonté. Mais cela était possible, car je savais que je pouvais obtenir la bourse du mérite qui serait le complément nécessaire pour partir de chez moi et continuer mes études.

Après notification de l’obtention de la bourse du mérite, je me suis inscrite à l’Université de Strasbourg. Avec la bourse sociale et la bourse du mérite, j’arrivais péniblement à 450 euros par mois. Cependant, je ne me suis pas démontée. J’ai trouvé une colocation non déclarée qui me permettait de payer une chambre sans fenêtre pour 150 euros par mois et pas trop loin de l’Université. Pour essayer d’arrondir les fins de mois, j’ai travaillé un mois à Mc Donalds. Cependant, entre mon Master I, mon diplôme universitaire en cours du soir de 18h30 à 20h30, je suis vite tombée malade et j’ai dû arrêter Mc Donalds. De leur côté, mes parents voyant que mes sœurs ne feraient pas de grandes études, ils ont pu m’apporter un petit complément de temps en temps, qui me permettait de combler mon découvert. Avoir un découvert de 200 euros par mois, cela a été un complément bien utile pour survivre.

Après deux ans de travail, la récompense était là… Major de promotion avec mention Bien et Prix du meilleur étudiant en Master II Droit de l’environnement et des risques de la promotion 2009. Ce jour-là, je voyais enfin la fin de ma galère, la réalisation de mon rêve. Aujourd’hui, je suis fière d’être Chef de projet développement durable ! Mais sans la bourse du mérite, cela aurait été impossible, et cela malgré tous mes efforts.

Au vu mon parcours, j’ai tenu à témoigner de l’injustice qui se trame actuellement pour les nouveaux étudiants ! C’est une honte de supprimer la bourse du mérite ! Donner le bac à 87% des lycéens n’est pas la solution. Envoyer tout le monde en fac, même ceux qui ne sont motivés que par l’obtention de la bourse sociale, ne l’est pas non plus. Lors de ma première année en droit de très nombreux étudiants étaient inscrits juste pour recevoir la bourse mais sans s'intéresser aux études. Sacrifie-t-on les élèves les plus méritants et ayant peu de ressources, pour permettre à des étudiants de profiter du système ? Si changer notre système éducatif passe par la suppression de la bourse du mérite et non une réforme courageuse, alors la France ne fait que creuser sa propre tombe ! A l’heure où j’envisage d’être maman, je ne veux pas de cette société et j’envisage très fortement de m’expatrier.