Billets de touchepasamabourse

Marion, bachelière 2014

Je sors tout juste de mes études faites dans un bon lycée, pour lequel ma maman, avec qui je vis seule sans aucune aide de mon père, a dû se sacrifier chaque année. Pour moi, avoir le Bac avec cette mention Très Bien me donnait accès, pour la première fois, à une aide qui me permettrait d'avancer. En effet, ma maman ne peut me payer le permis, c'est donc moi qui vais devoir m'en charger, ainsi que de mes frais de scolarité. Cette bourse au mérite représentait une chance pour moi, de pouvoir enfin commencer le code, les heures de conduite, etc.. ce que tout mes amis autour de moi ont déjà fait depuis bien longtemps. C'est parfois difficile de se sentir différent des autres, de ne pas avoir les mêmes moyens. J'ai vu les regards de pitié qu'ont parfois certains, leurs facilités, leurs parents qui leur paient tout jusqu'à une voiture complètement neuve hors de prix. Je suis fière de dire que mon permis, mes études, ma voiture, tout cela sera payé par moi et moi seule. Mais voilà, ce gouvernement qui se disait proche des jeunes, qui est censé privilégier le social nous retire une fois de plus une grande aide. Pourquoi s'attaquer aux plus démunis pour ces soi-disant économies ? Ils justifient ça en prônant le nouvel échelon "0 bis" qui a été créé. C'est bien pour certaines personnes, bien entendu, mais pas pour tout les jeunes boursiers dans mon cas qui ont travaillé dur pour décrocher cette mention. Nous ne gagnons rien de plus, au contraire, tout les projets qu'on avait pu faire avec cette bourse sont partis grâce à cette décision prise par des personnes qui pour la plupart ne connaissent pas le mot "besoin". Beaucoup, moi y compris, seront ainsi obligés de trouver un moyen de combler cette perte, par un job étudiant par exemple. Seulement, après des jours entiers de recherche, on se rend compte à quel point c'est difficile. Rien n'est facilité, alors que les jeunes dans le besoin devraient être en première ligne du gouvernement. Je ne comprends pas le problème, et je suis vraiment déçue des propos que tiennent certaines hautes personnes, comme le fait que le Bac serait "donné" ou "sur noté" à tel point que favoriser ceux qui ont eu cette mention est devenu inutile. Eh bien à ces gens je réponds de venir passer notre Baccalauréat, s'il en sont si capables. Ce diplôme n'est pas donné, pas quand je vois le nombre d'heures de travail que certains ont passé comme moi pour obtenir ce résultat. Mesdames et Messieurs qui dénigrez autant les Bac, allez donc relire notre programme qui est 4 fois plus long qu'avant, allez donc passer autant d'heures à votre "travail" que nous en avons passé devant nos cahiers. Quel est donc votre but ? De casser les plus démunis qui auront l'audace de se démarquer en travaillant ? Je trouve cela très discriminant. Si vous voulez faire ces économies, attaquez vous déjà à vos salaires et vos autres avantages qui couvriraient 10 bonnes années de bourse au mérite. Tout le monde n'a pas VOS moyens. Ce qui semble futile pour vous est extrêmement important pour d'autres. J'ai 18 ans, je suis déjà déçue de la politique et de ce pays qui se démarque en grattant ceux qui sont le plus dans le besoin. Je suis dégoûtée, de ce mode de pensée, de ces excuses idiotes que vous trouvez à répondre. Je suis même dégoûtée de mon année universitaire qui vient, ne sachant même pas si je pourrai seulement commencer les leçons de code au cours de celle-ci. Mes projets sont fichus, mon espoir également mais surtout la confiance que j'ai pu avoir dans ce gouvernement qui fait "tout pour aider les jeunes à avancer". De belles paroles, encore une fois.

Aurore a pu réussir son Master en droit grâce à la bourse au mérite

Ainée d’une famille de 3 enfants, mes parents souhaitaient donner la même chance à ses trois filles. Avec un salaire de 10 000 francs à l’époque, il était exclu de payer une prépa, une école de commerce ou encore un logement pour suivre un enseignement supérieur en université. Du coup, après l’obtention d’un Bac ES avec mention bien, je me suis dirigée vers un BTS de commerce et de distribution à la CCI de Saint-Raphaël (ma ville natale), en alternance à McDonalds. Avec l’argent gagné j’ai pu me payer le permis de conduire et une opération pour les yeux. Cependant, faire un BTS et travailler à McDonalds était devenu très dur psychologiquement. Je savais que j’étais capable de faire mieux et je voulais me le prouver. Néanmoins, je ne regrette pas cette période, car cela m’a donné le temps de réfléchir, de mûrir et de trouver ma vocation : travailler dans le développement durable. Avec cet objectif en tête, j’ai trouvé un compromis à ma situation après avoir obtenu mon BTS. La faculté de droit de Draguignan à 30 km de chez moi me donnait l’opportunité d’obtenir une licence en droit pour atteindre par la suite – peut-être – le Master II de Strasbourg, seul diplôme qui me permettait d’avoir un enseignement scientifique et juridique. Impossible d’avoir une voiture, j’ai commencé mes trajets en bus… 60 km par jour, c’était loin d’être évident. Mais quelque temps après, grâce à des amies de ma sœur qui allaient également dans la même université, on a trouvé ensemble une solution de covoiturage. Pendant 3 ans, cette solution m’a bien aidé.

Dès la première année de Licence, je suis devenue Major de ma promotion avec une note de 16.97/20 et j’allais poursuivre ainsi jusqu’à obtenir ma Licence avec mention très bien. Durant ces trois années, la bourse sociale était un petit complément, mais j’avais vraiment très peu. Pour continuer mes études à Strasbourg, je devais avoir la bourse du mérite ou c’était fini de mon rêve. L’autre alternative aurait été de poursuivre un Master à la Faculté de droit de Draguignan qui n’offrait alors que des formations en droit privé, ce que je refusais de faire.

J’ai énormément travaillé pour être la meilleure et cela a payé. Je me suis donnée la possibilité d’y arriver par une motivation sans faille et beaucoup de volonté. Mais cela était possible, car je savais que je pouvais obtenir la bourse du mérite qui serait le complément nécessaire pour partir de chez moi et continuer mes études.

Après notification de l’obtention de la bourse du mérite, je me suis inscrite à l’Université de Strasbourg. Avec la bourse sociale et la bourse du mérite, j’arrivais péniblement à 450 euros par mois. Cependant, je ne me suis pas démontée. J’ai trouvé une colocation non déclarée qui me permettait de payer une chambre sans fenêtre pour 150 euros par mois et pas trop loin de l’Université. Pour essayer d’arrondir les fins de mois, j’ai travaillé un mois à Mc Donalds. Cependant, entre mon Master I, mon diplôme universitaire en cours du soir de 18h30 à 20h30, je suis vite tombée malade et j’ai dû arrêter Mc Donalds. De leur côté, mes parents voyant que mes sœurs ne feraient pas de grandes études, ils ont pu m’apporter un petit complément de temps en temps, qui me permettait de combler mon découvert. Avoir un découvert de 200 euros par mois, cela a été un complément bien utile pour survivre.

Après deux ans de travail, la récompense était là… Major de promotion avec mention Bien et Prix du meilleur étudiant en Master II Droit de l’environnement et des risques de la promotion 2009. Ce jour-là, je voyais enfin la fin de ma galère, la réalisation de mon rêve. Aujourd’hui, je suis fière d’être Chef de projet développement durable ! Mais sans la bourse du mérite, cela aurait été impossible, et cela malgré tous mes efforts.

Au vu mon parcours, j’ai tenu à témoigner de l’injustice qui se trame actuellement pour les nouveaux étudiants ! C’est une honte de supprimer la bourse du mérite ! Donner le bac à 87% des lycéens n’est pas la solution. Envoyer tout le monde en fac, même ceux qui ne sont motivés que par l’obtention de la bourse sociale, ne l’est pas non plus. Lors de ma première année en droit de très nombreux étudiants étaient inscrits juste pour recevoir la bourse mais sans s'intéresser aux études. Sacrifie-t-on les élèves les plus méritants et ayant peu de ressources, pour permettre à des étudiants de profiter du système ? Si changer notre système éducatif passe par la suppression de la bourse du mérite et non une réforme courageuse, alors la France ne fait que creuser sa propre tombe ! A l’heure où j’envisage d’être maman, je ne veux pas de cette société et j’envisage très fortement de m’expatrier.

Amélie, bachelière 2014

Ma mère est seule pour nous élever ma petite sœur et moi. Nous avons donc qu'un salaire de fonctionnaire, c'est a dire environ 1400€ pour 3. Je viens d'avoir 20 ans donc ma mère ne reçoit plus du tout d'allocation familiale. Nous sommes dans le rouge tout les mois à la banque alors que nous achetons que de la nourriture et de l'essence pour la voiture. Je voulais à tout prix décrocher cette mention pour pouvoir continuer mes études sans que ma mère m'aide financièrement.
J'ai eu cette mention, j'ai été fière et heureuse d'avoir réussi. Mais plus maintenant.
Je vais donc être obligée de travailler à côté de mes heures de cours car je n'aurais pas assez avec l'argent que j'ai gagné en travaillant cet été.
Travailler au lieu d'étudier.. Merci.
On nous apprend en cours que la France fait appel à de haut diplômés d'autres pays car la France en manque.
Alors pourquoi nous empêcher d'étudier en nous forçant à travailler hors de nos heures de cours?!
Vous ne voulez plus de hauts diplômés français?
Vous voulez que les français soient vu pour des incompétents dans les autres pays?
Ou alors vous voulez revenir à la loi des riches et des pauvres où seuls les riches ont le droit aux études supérieures?
Vous donnez de l'argent aux personnes qui ne travaillent pas. Nous, nous travaillons, notre mention le prouve. Alors pourquoi vous nous abandonnez, nous, les étudiants, le futur de la France ?

Jean-Luc, père de famille

Ma fille a obtenu cette année un bac ES mention très bien. Etant de milieu populaire, j'étais soulagé du fait que ma fille bénéficierait de cette aide au mérite.

Le 24 juillet, j'ai appris que cette bourse serait supprimée et cela m'a fortement surpris car symboliquement, cette bourse représentait la reconnaissance du mérite des élèves issus des classes populaires et la reconnaissance de l'Etat du potentiel de ces enfants qui deviendraient les élites de demain. Cette décision du gouvernement remet en cause les fondements de la République, c'est-à-dire qu'un enfant de classe populaire puisse accéder aux plus hautes fonctions, donc à un meilleur avenir que ses parents, ce qui est je pense "l'égalité intelligente".

Outre ce côté symbolique, il y avait le côté financier. Cette aide représentait 1800€/an, ce qui pouvait aider ces étudiants là à se loger et à vivre décemment, pour pouvoir mener leurs études dans de bonnes conditions. Cela amenait à la mobilité géographique des étudiants. Donc cette décision compromet les choix de nombreux étudiants qui comptaient sur cette aide et qui voient leur ambition réduite à néant.

Pour ma fille, ce sera difficile sans cette aide et nous ne pourront pas l'aider financièrement. Elle souhaitait en effet passer le concours d'entrée à SciencePo, ce qui requiert une préparation rigoureuse et donc elle avait même envisagé une préparation payante pour mettre toutes les chances de son côté, ce qui était possible avec cette aide mais plus maintenant. De plus, même si elle réussissait à y entrer, sans cette aide, elle serait obligée de refuser car elle n'aurait pas la possibilité de se loger dans les métropoles où sont les différents IEP.

Je suis donc extrêmement déçu par cette décision du gouvernement qui accentue les inégalités une fois de plus et qui abandonne les étudiants des classes populaires pour réaliser de prétendues économies budgétaires qui seront finalement minimes au détriment des ambitions étudiantes.

Valentine et Thaïs devront se salarier pour payer leur prépa

Valentine, 17 ans, bachelière 2014 va devoir travailler pour combler le trou financier causé par la suppression de la bourse au mérite. Beaucoup d'autres sont dans son cas, et cette situation met en danger sa réussite. La suppression de la bourse au mérite tacle directement les ambitions des jeunes issus de milieux modestes, nous ne le répéterons jamais assez.
Elle nous a envoyé son témoignage :
"Ayant décroché en cette année scolaire 2013/2014 un bac S avec mention très bien, et étant boursière, je suis aujourd'hui indignée. 
Indignée qu'une telle décision puisse être prise sans que personne n'en ait connaissance. Comme beaucoup d'autres bachelier(e)s, j'ai travaillé dur toute cette année pour pouvoir avoir la mention très bien, et donc décrocher la bourse au mérite, afin de financer mes études. 
J'ai donc réservé une chambre au CROUS afin d'être au plus près de l'établissement dans lequel je comptais effectuer une CPGE scientifique, et d'avoir un minimum de confort pour réussir mes études.
Sachant que je devais toucher la bourse au mérite, le montant n'était pas un problème. Or aujourd'hui, avec cette mesure, je ne sais pas si je pourrais vivre correctement l'année prochaine. Il faut savoir qu'il y a beaucoup de frais à prendre en compte pour un(e) jeune étudiant(e), et pas seulement le logement: il y a également les frais de transport, la nourriture etc. 
Et pour subvenir à ces besoins, la distribution de la bourse au mérite est plus que nécessaire, elle est indispensable.
Je vais devoir trouver un job à mi-temps tout en bossant dur en prépa, et le pire c'est qu'étant encore mineure je n'ai pas réussi à trouver du travail dans mon coin cet été. 
Alors oui aujourd'hui je suis indignée, et j'ai honte. Honte de ce gouvernement qui prend des décisions en catimini, et qui ne privilégie pas les étudiants boursiers méritants. Car avant d'être méritants, nous sommes boursiers, et je pense que beaucoup l'ont oublié. Alors si le gouvernement préfère avoir moins de diplômés dans les classes populaires, qu'il continue. Car nous allons devoir travailler soirs et weekends pour subvenir à nos besoins, et ne pourrons donc pas nous consacrer pleinement à nos études. 
Alors, que des mesures soient prises pour une réduction des dépenses gouvernementales, d'accord, mais sont-elles à prendre au détriment des étudiants méritants?"

Aujourd'hui beaucoup de jeunes sont dans son cas, comme nous le rappelle un article d'Europe 1 : 

"Pour Thaïs, l'incompréhension domine : "Je suis vraiment très en colère. La suppression de cette bourse ne fait qu'accentuer la dévalorisation du baccalauréat. On supprime ainsi la considération des efforts qu'on a pu fournir tout au long de l'année." À la rentrée, elle intégrera une prépa littéraire mais avec un désavantage car elle devra travailler. Elle s'est d'ores et déjà inscrite dans une boîte d'intérim."

Source : "Les bourses au mérite supprimées à la rentrée" de Noémie Maroi et Pauline Jacot : 
http://www.europe1.fr/Societe/Les-bourses-au-merite-supprimees-a-la-rentree-2188473/

Morgane, future étudiante en médecine

Après une année de durs labeurs, j’ai obtenu mon bac S avec 17,94 de moyenne, recevant ainsi la mention très bien tant convoitée. En effet, aînée d’une famille modeste de 3 enfants, je pars en première année de médecine, année difficile impliquant de nombreux sacrifices. L’année dernière, sur 3340 étudiants, seuls 448 ont été sélectionnés pour poursuivre leurs études de médecine. Le travail personnel est donc colossal. Ainsi, pour maximiser mes chances de réussite, mes parents ont insisté pour m’inscrire dans une prépa privée payante. J’avais accepté en me disant que je ferais tout mon possible pour obtenir la mention très bien et ainsi bénéficier de la bourse au mérite, d’une valeur de 1800 euros par an. Vous imaginez donc ma joie le jour des résultats ! Malheureusement, cette joie fut de courte durée…
En effet, au début du mois de juillet, j’apprends par hasard, sur la page facebook d’un ami, que la bourse au mérite est supprimée à partir de cette année. Croyant d’abord à un canular, je cours montrer l’article à mon père, qui me confirme l’information. Dépités, nous ne savons alors que faire face à cette nouvelle difficulté. Je possède à ce jour une bourse de 1653 euros via le crous. Mais cette somme se révèle très insuffisante pour financer mes études. En effet, ma prépa coûte 3540 euros, mon logement 2856 euros par an et le coût de la nourriture est estimé à 1100 euros. Soit au total 7496 euros ! Sans compter l’achat du matériel pour mes études et des équipements pour vivre au quotidien. Si j’avais bénéficié de la bourse au mérite, cela aurait fait 4043 euros restant à payer. Sauf que maintenant, c’est 5843 euros que mes parents doivent sortir de leurs poches, sachant que nous vivons sur le seul revenu de mon père.
Depuis ce jour, nous vivons constamment dans le stress de l’avenir. Mon père doit faire des heures supplémentaires, et moi, n’ayant pas obtenu de travail saisonnier, je revends mes affaires sur internet. Cela peut paraître dérisoire, mais j’agis selon mes capacités, ne pouvant travailler pendant ma première année de médecine. Tous les étudiants de deuxième me disent que pour 4 heures de cousr, il faut environ 10 heures de travail personnel. Où puis-je trouver le temps de travailler à mi-temps à côté ? La moindre dépense est donc réfléchie. Nous privons notamment mes sœurs de 13 et 4 ans de vacances à contre cœur. Bref, un quotidien des plus insupportable pour nous tous.
J’en viens même à me sentir coupable d’avoir voulu partir en médecine. Pourtant, je rêve de pratiquer ce métier depuis l’âge de 8 ans. Tous mes profs ainsi que mes parents sont persuadés que je vais réussir ma première année, malgré mon manque de confiance en moi. De plus, ma sœur qui a 5 ans de moins veut devenir pédiatre. C’est également une excellente élève, elle est même meilleure que moi ! Alors je refuse d’accepter l’idée qu’elle ne pourra pas réaliser son rêve parce que sa sœur aînée fait déjà des études trop chères. Nous sommes donc découragés de voir que, malgré notre travail et nos capacités, notre avenir soit mis en péril.
Enfin, certains osent dirent que les bons élèves n’ont pas besoin de la bourse car ils viennent déjà d’un milieu favorable. FAUX ! La bourse au mérite était attribuée aux bons élèves sous critères sociaux, donc à ceux en difficulté financière. Mon père a commencé à travailler à l’âge de 18 ans comme simple ouvrier, malgré ses diplômes, et s’est battu pour grimper petit à petit les échelons, et éduquer convenablement ses filles. Il n’avait que 17 ans quand je suis venue au monde, pourtant il a su prendre ses responsabilités. Ma réussite et celle de mes sœurs est donc aussi un rêve pour mes parents, que j’admire pour avoir su s’en sortir malgré les préjugés et les difficultés. C’est pour cela que je juge cette suppression de bourse injuste, alors que notre gouvernement de gauche est sensé développer l’égalité des chances. Où est cette égalité ? Où est cette justice ? Supprimer la bourse au mérite pour faire des économies ? Absurde ! Cette économie est dérisoire. La supprimer car le nombre de mention très bien augmente ? Encore une fois ridicule ! Le nombre de bourses attribuées était déjà fixé au départ. On se sent donc abandonné, trahi par notre propre pays. On s’étonne après que de plus en plus d’étudiants partent à l’étranger…

Le témoignage de Jean-Luc, parent d'élève

Ma fille a obtenu cette année un bac ES mention très bien. Etant de milieu populaire, j'étais soulagé du fait que ma fille bénéficierait de cette aide au mérite.

Le 24 juillet, j'ai appris que cette bourse serait supprimée et cela m'a fortement surpris car symboliquement, cette bourse représentait le mérite des élèves issus des classes populaires et la reconnaissance de l'Etat du potentiel de ces enfants qui deviendraient les élites de demain. Cette décision du gouvernement remet en cause les fondements de la République, c'est-à-dire qu'un enfant de classe populaire puisse accéder aux plus hautes fonctions, donc à un meilleur avenir que ses parents, ce qui est je pense ""l'égalité intelligente"". 

Outre ce côté symbolique, il y avait le côté financier. Cette aide représentait 1800€/an, ce qui pouvait aider ces étudiants là à se loger et à vivre décemment, pour pouvoir mener leurs études dans de bonnes conditions. Cela amenait à la mobilité géographique des étudiants. Donc cette décision compromet les choix de nombreux étudiants qui comptaient sur cette aide et qui voient leur ambition réduite à néant. 

Pour ma fille, ce sera difficile sans cette aide et nous ne pourront pas l'aider financièrement. Elle souhaitait en effet passer le concours d'entrée à SciencePo, ce qui requiert une préparation rigoureuse et donc elle avait même envisagé une préparation payante pour mettre toutes les chances de son côté, ce qui était possible avec cette aide mais plus maintenant. De plus, même si elle réussissait à y entrer, sans cette aide, elle serait obligée de refuser car elle n'aurait pas la possibilité de se loger dans les métropoles où sont les différents IEP. 

Je suis donc extrêmement déçu par cette décision du gouvernement qui accentue les inégalités une fois de plus et qui abandonne les étudiants des classes populaires pour réaliser de prétendues économies budgétaires qui seront finalement minimes au détriment des ambitions étudiantes.

Témoignage d'un jeune militant socialiste

Etudiant à Sciences Po, la bourse au mérite constitue une source essentielle de financement pour mes études. Jouons cartes sur table : jamais je n'aurais pu envisager des études à la capitale sans la perspective d'un tel soutien de l’État. A mes yeux, sa suppression ne représente pas seulement une trahison électorale et un nouveau dévoiement du gouvernement socialiste: elle est, plus que cela, un crime contre la nation.
Un crime d'autant plus odieux qu'il est perpétré pour une bouchée de pain. En effet, la disparition de la bourse au mérite ne représente rien de plus qu'une économie de bout de chandelle s'élevant à 50 millions d'euros(1), soit moins de la moitié du budget de la présidence de la République en 2012(2). Pourtant, en termes de méritocratie et de justice sociale, il s'agit de l'un des décrets les plus nauséabonds des dernières décennies.
Pour 50 millions d'euros de réduction des dépenses publiques, combien d'élèves brillants seront contraints à se démobiliser sur le plan académique et à refuser de mener des études dans des régions où le coût de la vie est exorbitant, tout particulièrement Paris, qui concentre nombre des plus grandes institutions et des meilleures opportunités ? Pour la suppression de ce modeste poste budgétaire que les fonds alloués à la Défense pourraient combler presque 600 fois(3), combien d'étudiants prometteurs se trouveront plongés dans une situation de difficulté voire d’échec scolaire en adoptant un job à mi-temps ? Pour une somme 150 fois inférieure aux coûts de la fraude fiscale en France(4), quel est le message envoyé aux jeunes potentiels qui - rappel utile s’il en est - représentent l'avenir du pays en termes de capital humain ?
En outre, il faut s'intéresser aux symboles que piétine ce décret. Le constat est effarant. 50 millions d'euros, c'est le prix qu'attache ce gouvernement aux ultimes espoirs de mobilité sociale dans un pays en proie au doute et en quête d'espoir. En mettant fin à une bourse qui s'adresse aux élèves studieux et méritants issus de milieux modestes, ceux qui se prétendent nos mandataires ont soigneusement sectionné les derniers câbles de l'ascenseur social. On prône l'égalité des chances dans les discours tout en alimentant le pestilentiel marécage de l'immobilisme et de l'homogamie. Comble de l'hypocrisie !
Ce décret n'est finalement rien moins qu'un nouvel assaut lancé sur cette chaumière délabrée, cette bicoque poisseuse que l'on s'évertue encore à appeler l'école de Jules Ferry. Quelle ignominie ! De façon définitive, cette sinistre machine à reproduction sociale, ce puant bordel où se pratique l’inceste de classe s’écaille et se morcelle, laissant voir sa façade crasseuse. Craquelée et croulante, l'école républicaine perd définitivement les derniers reflets de son lustre d'antan en vomissant ce qui constitue le noyau dur de la méritocratie : ces élèves, modestes et excellents, que nous appelions autrefois les « enfants de la République ».
Si la portée morale et symbolique de cette décision est essentielle, les enjeux ne se limitent guère à cette seule dimension. Crime éthique, injustice sociale, ce décret est également une ineptie sur le plan économique : la bourse au mérite permet effectivement de former les futurs cadres de l'économie de notre pays, alors même que ce dernier ne parvient pas à raccrocher le wagon de la croissance. Il s'agit d'un investissement sur le fleuron de notre jeunesse. Investissement modeste, nous l'avons vu, mais dont les rendements seront, à terme, exponentiels. En effet, cette bourse permet chaque année la formation de milliers de brillants ingénieurs, économistes, juristes, entrepreneurs, hommes politiques, ceux-là même qui feront sortir le pays de son état de sclérose.
Or, que fait le gouvernement ? Il tue dans l’œuf, avec une bestialité aveugle et sanglante, ces immenses potentiels ; tel un cabot stupide, rendu fou par le tintamarre budgétaire, il plante ses crocs baveux et glaireux dans la force vive de notre nation. Pour financer moins de 0,1 % du service de la dette(5), il sacrifie ceux qui, à l'avenir, généreront des milliards d'euros au bénéfice de la patrie et participeront, précisément, au remboursement de la dette publique. En d'autres termes, pour sauver le pays du panaris, le gouvernement l'ampute de la jambe. Les médecins de Molière eux-mêmes se seraient gardés d'une telle ineptie. On s'étonnera ensuite que, méprisés par leur gouvernement, déshérités par leur mère nourricière, ces élèves brillants finissent par tourner le dos à notre nation sans le moindre regret. La réaction est évidente, l'hémorragie inévitable, l'hypocrisie absolue. Car, face au phénomène d'expatriation, on s'indigne, on s'attriste, on se lamente, on beugle et on brame dans ces milieux même qui, impitoyables parâtres, poussent les "jeunes talents" français à l'exil. Des larmes de crocodiles ayant dévoré leurs propres enfants.
Je souhaite clore ce témoignage en soulignant un sinistre paradoxe: alors que, par les temps qui courent, on revendique l'héritage jauressien à qui mieux-mieux, il est tout simplement indicible de monstruosité d'abolir l'un des plus forts symboles du républicanisme français et dont, il faut le rappeler, le père du socialisme contemporain a bénéficié en tout premier lieu. Dans cette farce infecte, François Hollande, cultivant le mythe du brillant provincial, est le plus talentueux des hypocrites. Je suis navré de terminer ce message sur une sentence d'une telle facilité, mais celle-ci est de circonstance: avec la suppression de la bourse au mérite, ils ont à nouveau tué Jean Jaurès. Mais cette fois, triste ironie du sort, ce sont les socialistes, et non les ultra-nationalistes, qui ont appuyé sur la gâchette.
Max

(1) Site web LeFigaro
(2) chaine LCI.
(3) http://www.economie.gouv.fr/files/plf2014-essentiel.pdf (chiffres 2014)
(4) syndicat Solidaires-Finances publiques
(5)http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/ressources-depenses-etat/depenses/qu-est-ce-que-service-dette.html (chiffres 2013)

Témoignage d'Alicia

Actuellement, je viens d'obtenir mon bac ES avec 18,27 de moyenne générale. J'ai travaillé dur pour obtenir la bourse. En effet, je ne suis que échelon 1 au CROUS (qui d'ailleurs, profite de ses vacances plutôt que de répondre aux étudiants qui ont avancé des frais de scolarité). On pourrait croire que ma situation n'est pas mauvaise, et pourtant…
Les bourses sont calculés sur l'année précédente, et ma situation sur cette année commençait déjà à dégringoler. Et cette année, ma mère s'est retrouvée toute seule, à l'élever avec mon frère de 11 ans, en travaillant dans un commerce, qui, crise oblige, ne marche plus. Mon père s'est retrouvé en prison 7 mois, ne versant pas de pension alimentaire, et aujourd'hui recommence seulement à travailler.

Étant une bonne élève, j'ai grandi avec les gens autour de moi qui me disaient “Tu travailles, tu auras toujours des solutions pour faire tes études.”
Parce que oui, n'en déplaise au gouvernement, c'est les mentions très bien qui sont acceptés dans des prépas, des IEP, et qui en général ne se contentent pas de la fac de langues de leur campagne.
J'ai travaillé et j'ai eu mon bac avec plus de 18, avec la satisfaction de pouvoir soulager un peu ma mère. Je pars à Toulouse, donc sans logement universitaire, les loyers tournent à 375€. J’ai pris un appart de ce type, persuadée d'avoir la bourse en question. On est déjà en août, je travaille à temps plein depuis début juillet pour aider ma mère, et aujourd'hui, on m'apprends que je n'ai plus le droit à cette bourse, parce que j'étais “trop riche” l'année dernière, et que ma mention a été facile à obtenir. On nous avait promis de maintenir cette bourse cette année, on nous la retire à peine diplomés et inscrits dans le supérieur. C'est juste honteux, on s'est fait littéralement entubés. C'est donc ça le système scolaire ? On n'encourage plus le travail ?

Qu'on ne me parle pas de la création d'un nouvel échelon, parce que les 1000 supplémentaires attribués “gratuitement” à un nouvel élève parce que je trouve celà scandaleux qu'il suffise de se présenter aux partiels pour l'avoir(sans condition de réussite). Qu'on ne me parle pas non plus d'économies, puisque la somme sera redistribuée.

Voilà, c'était juste un témoignage d'une jeune en larmes, mais surtout en colère parce qu'on a brisé des promesses, et je pense à tous ceux qui ont une situation encore plus pénible et qui ont intégré des voies plus grandes à Paris"

Neila, diplômée d'une ESC

Source : Nouvel Obs http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/12/sans-bourse-merite-nen-serions-244160

Je grandis entre trois pays : la France où je suis née, l’Algérie où vit ma famille, et la Tunisie où j’ai suivi ma scolarité. Ballotée entre les trois cultures, en pleine crise d’identité, je suis un peu paumée à mon retour en France en 2004, juste après avoir obtenu le bac.

De mémoire, c’est une conseillère du centre régional des œuvres universitaires scolaires (le Crous) qui me conseille de tenter la bourse au mérite. J’y ai droit : mention TB dans un lycée français, la bonne nationalité, en plein dans les critères sociaux.

Cette bourse, si je l’obtiens, me permettrait de bénéficier de 600 euros par mois pour poursuivre sereinement ma scolarité en prépa. Grâce à cette somme, je pourrais m’offrir un logement décent, et ne pas être obligée de travailler en parallèle de mes études, exigeantes. Une aubaine !

Je dépose mon dossier sans y croire vraiment. Je ne suis personne, je n’ai pas grandi en France même si je l’aime énormément. C’est vrai que je ne connais rien de ce pays.

La réponse positive du Crous me bouleverse. Cette putain de bourse m’est accordée. La France me reconnaît comme son enfant. J’ai dix-huit ans. Dix-huit années passées à me chercher, à essayer de comprendre qui je suis, et en quelques lignes, cette lettre, qui ne signifie sans doute rien pour son auteur, vient panser la plaie qui me ronge depuis presque deux décennies : la France me reconnaît.

Ce jour-là, je pleure, et je pleure toujours en me remémorant ce courrier. Ce n’est pas juste une aide financière. Ce n’est pas juste une bourse. C’est le signe que la France me fait confiance. Je me sens investie d’une mission : être à la hauteur. Ne pas décevoir.

Je perds ma bourse au mérite deux ans plus tard, quand j’intègre une
école de commerce. La bourse n’est prolongée que pour ceux qui font
médecine ou Sciences-Po. Je le vis comme une injustice. Comme si créer
de l’emploi ou de la croissance n’était pas rendre service à l’Etat !

Ma rancœur ne dure que peu de temps et laisse très vite place à l’essentiel : sans bourse au mérite, je n’aurais jamais cru en mes rêves. Jamais trouvé ma place. Jamais cru en l’ascenseur social. Je n’aurais pas osé la prépa. Jamais eu envie de rendre à la France ce qu’elle m’a donné.

Je dois tout à ce pays et à ceux qui un jour ont estimé que mon dossier était digne de confiance. Sans la bourse au mérite, je n’aurais sans doute jamais été journaliste. Je me suis engagée dans cette voie, alors que j’aurais pu comme on dit vulgairement « faire du fric », parce que je voulais être de ceux qui font vivre nos valeurs françaises. Liberté, fraternité et surtout égalité.

Je ne sais pas exactement où je serais sans cette aide, mais je ne serais pas face à mon ordinateur, à me battre pour que la fierté que j’ai eue à faire partie de cette aventure soit partagée par d’autres.

Ne supprimez pas la bourse au mérite. Nous, enfants de rien, avons besoin que notre pays nous fasse encore rêver. Nous avons besoin que la République
nous accorde sa confiance. Un droit de cité. Un droit de faire bouger les
choses. Qu’elle nous pousse à nous transcender pour être dignes d’elle.

Melissa, étudiante à ScPo Paris

Source : Nouvel Obs http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/12/sans-bourse-merite-nen-serions-244160

Issue d’une famille d’ouvriers, d’origine algérienne, je grandis en Savoie. Depuis mon enfance, ma mère, veuve et qui travaille depuis qu’elle est très jeune, m’encourage sans relâche à étudier. Le message passe bien, visiblement, puisque l’école devient mon échappatoire, ma voie de sortie, celle qui me donne l’opportunité de choisir.

En dehors du lycée, je suis agent d’entretien dans un hôtel pour économiser, en vue de financer mes études. Plusieurs professeurs m’aident pour le choix de mon orientation, choix dont j’aurais pu être privée, compte tenu de mon environnement familial ; leurs conseils s’avèrent très précieux.

Préoccupée par les obstacles financiers, je me renseigne très tôt à propos des modalités d’attribution des bourses. Dès lors, la simple perspective d’obtenir une aide qui me permette d’envisager mes choix d’orientation post-bac sans autocensure – pour des raisons financières – m’incite doublement à obtenir d’excellents résultats. L’attribution de cette aide devient presque une nécessité.

L’affichage des résultats au bac est un moment de délivrance. Avec l’obtention de la mention TB et les félicitations du jury avec plus de 18/20, je bénéficie de la bourse sur critères sociaux et du complément d’aide au mérite au cours de mes cinq années d’études universitaires suivantes.

Cette aide n’est pas un chèque en blanc, elle implique assiduité et sérieux dans mes études. J’intègre Sciences-Po Paris directement après le baccalauréat. Très active dans la vie associative de l’établissement, j’essaie de tirer le maximum de cette excellente formation académique.

Avec le recul, je ne vois pas comment j’aurais pu étudier dans ces conditions et vivre à Paris sans cette bourse. Elle ne constituait pas un « confort » supplémentaire, mais une ressource absolument indispensable, sans laquelle j’aurais probablement dû opter pour un emploi en parallèle de mes études, au risque d’échouer au niveau académique. Oui, sans elle, la barrière des inégalités sociales aurait probablement coupé court à mes ambitions.

Elle représente donc bien plus qu’un virement sur mon compte bancaire. Elle m’a donné le sentiment que la France valorisait mes efforts et était là pour soutenir ceux qui ont initialement moins de cartes en main mais une volonté de fer pour accéder aux meilleures formations.

Bien entendu, la bourse au mérite ne fait pas tout, mais elle est à mon sens l’un des dispositifs qui, combiné à d’autres, peut contribuer à la rénovation de l’ascenseur social. Et cette sincère reconnaissance que je ressens depuis, je souhaiterais vraiment que de nombreux étudiants puissent la ressentir à l’avenir.

Amira, diplômée de ScPo Paris

Source : Nouvel Obs http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/12/sans-bourse-merite-nen-serions-244160

Il y a dix ans, presque jour pour jour, j’obtenais mon bac. Un bac L avec un
peu plus de 18 de moyenne. La consécration, et une sacrée revanche pour la fille d’immigrés tunisiens que je suis. Mon père, incrédule et transi de joie, hurle sans discontinuer :

« 18,38 ! »

En ce qui me concerne, l’euphorie est teintée d’amertume : cette année-là, j’ai renoncé à passer les concours d’entrée à Sciences-Po. J’en ai les capacités, mais mes parents n’en ont pas les moyens. Des études à Paris, alors que je vis à Saint-Nazaire ? Avec quatre enfants à charge et le seul salaire de soudeur de mon père, c’est inimaginable.

Quelques jours après l’obtention de mon bac pourtant, une lettre bouleverse mon destin. Le ministère de l’Education m’attribue une bourse au mérite, en plus de ma bourse sur critères sociaux. Au total [bourse sur critères sociaux + bourse au mérite, ndlr], un peu plus de 600 euros par mois !

Les problèmes financiers en partie réglés, je peux donc reprendre mes rêves là où la réalité les a interrompus. Après une année en hypokhâgne, je passe les concours et j’entre à Sciences-Po, directement en deuxième année.

Diplomatie ? Journalisme ? J’ai désormais l’embarras du choix. La bourse au mérite me permet de payer mon loyer à Paris. Mes parents financent le reste. Je multiplie les stages dans les ambassades et les rédactions. Je trouve enfin ma voie : je serai reporter ! J’entre en école de journalisme puis à la rédaction de France 2. Cette fois-ci, la réalité dépasse, de loin, les rêves.

Cette audace, cette ambition, je ne les aurais jamais eues sans la bourse au
mérite. Sans ce soutien financier, j’aurais, sans doute, poursuivi des études de langues ou de lettres à l’université. C’est très bien, mais ce n’est pas ce qui me faisait rêver.

J’ai une pensée pour tous ces jeunes bacheliers méritants mais pauvres, qui devront faire une croix sur leurs rêves. Vos économies, ils en payeront le prix, car ce sont surtout leurs ambitions qui vont être revues à la baisse...

Jack, bachelier 2014

J’ai eu mon bac avec mention très bien cette année, j’étais en Sti2D. Cet argent allait servir pour soulager un peu la vie d’étudiant, me permettre d’être un peu plus libre avec mes finances. Dans mon cas, l’argent n’allait pas servir à payer des études très importantes, mais tout travail mérite une récompense. Quand j’ai appris que cette bourse existait, ça m’a donné envie de faire ce qu’il fallait pour avoir la mention très bien pour ensuite pouvoir m’offrir un “cadeau” pour mon travail fourni. Le fait que l’ont nous (nous tous) supprime cette bourse, surtout APRES le Bac, donne une légère sensation, que c’était de l’effort gaspillé. Ils verront l’année prochaine quand le taux de mentions TB diminue, parce qu'il y a aucune motivation physique qui attire. Ça peut paraître glouton, mais j’ai mis l’effort pour avoir cette mention pour pouvoir me récompenser pour le travail que j’ai fourni pendant les 7-8 ans que je suis en France, je suis anglais; il y a 7 ans je parlais pas un mot de français, et là j’ai une mention TB mais rien pour me montrer que l’effort valait le coup. Alors s’il vous plaît, rendez-moi ma bourse, je la mérite. 

Christophe B., père de famille

Nous sommes une famille modeste. Notre fils Corentin vient d'avoir le bac S avec mention TB (moyenne 18.26). Au delà du coup de pouce financier non négligeable, la bourse au mérite (1800 €) permet d'envisager sereinement la question financière du coût des études. La bourse représente une reconnaissance, une récompense pour le travail accompli. Notre fils envisage d'effectuer des études de médecine et quand on sait le travail personnel demandé (60 heures par semaine au minimum), je voudrais que les personnes bien pensantes à l'origine de cette aberration m'expliquent comment un jeune peut-il concilier études et travail.. En effet, là est toute la question du financement des études supérieures. Pour les familles modestes, l'alernative est la suivante: soit se sacrifier soit demander à notre fils de travailler, ce qui est inenvisageable et irresponsable quand on sait l'extrëme difficulté de ce genre de formation. Par cette directive gouvernementale, le binôme de choc Hollande-Valls déçoit la jeunesse, démobilise, démotive des personnes qui ont cru dans ses bonnes paroles... Economie ou non, la question n'est pas là...La vraie question: le gouvernement croit-il en la jeunesse ou ne voit-il que dans les chiffres de son budget? L'AVENIR C'EST MAINTENANT et PAS DANS 10 ANS... Alors certes, ce dispositif a un coût mais c'est pour la bonne cause. Il existe bien d'autres domaines où des économies sont possibles....mais pas sur la formation des jeunes. La bourse au mérite n'est pas une dépense inutile mais un réel coup de pouce pour les familles de plus en plus sollicitées dans de nombreux domaines....crise économique oblige. Faites comme moi et les autres, dites non à cette décision arbitraire et injuste. Je n'ai pas hésité à le faire savoir à notre député (Mr FOURAGE), sénateur et président du conseil général de la Vendée (Mr RETAILLEAU) et conseillere générale (Mme CHATEVAIRE). Prenons tous un peu de notre temps pour faire savoir notre mécontentement et la RAISON reprendra son droit. Alors tous ensemble, nous pourrons faire changer les choses. Nous serons entendus et écoutés.

Mallaury, bachelière 2014

Jeune bachelière boursière reçue en Juillet 2014 avec mention Très Bien en filière littéraire, j'ai longtemps attendu des nouvelles de la part du rectorat ou du CROUS de ma région concernant la bourse au mérite que - comme beaucoup d'autres dans mon cas - j'aurais dû recevoir à partir de Septembre. Les semaines passant, je m'inquiète et entame quelques recherches sur internet, et les informations contradictoires commencent à affluer : la bourse au mérite n'est plus obtenue que par les élèves bénéficiant des plus hauts échelons de bourse sur critères sociaux, la bourse au mérite est suspendue, supprimée, remplacée... Autant d'informations aboutissant à une triste déclaration relayée plus tard sur les réseaux sociaux et les médias en ligne, l'État supprime la bourse au mérite. Je suis consternée par le fait que l'État se permette de supprimer une récompense que bien des élèves auraient mérité, tant par leurs efforts tout au long de leur scolarité et durant la période d'examens, que dans leur volonté de poursuivre leurs études. Cette bourse qui s'élève à près de 2000€ par an pendant trois ans, aurait pu être un vrai coup de pouce pour nous bacheliers, car l'enseignement supérieur et tout ce qu'il implique peut parfois coûter très cher, malgré les autres aides qui peuvent nous être proposées. De plus, nous avons tous travaillé très dur dans le but d'obtenir cette mention, et bien que nous ne l'ayons pas obtenu uniquement pour l'argent, je ne comprend pas qu'on puisse nous retirer cette récompense, ce cadeau qu'on devait nous faire pour nous féliciter de nos efforts, et nous inciter à continuer sur la même voie. Le mérite d'avoir la mention Très Bien est évidemment quelque chose de très gratifiant du point de vue personnel, mais il n'empêche que ce n'est pas en ôtant le dernier geste qui aurait ainsi pu montrer qu'il possède encore un peu de fierté pour la réussite de ses élèves, que l'État va amener les futures générations à se surpasser et à toujours travailler plus à l'école, en sachant que cela paiera un jour. Cette décision de supprimer la bourse au mérite est en vérité un peu comme une manière brutale de nous dire à nous, bacheliers, que notre mention, celle en laquelle nous avons mis tant d'efforts, tant d'heures de révisions, de nuits blanches à travailler, ne vaut en fait rien. Parmi mon entourage, certains pensent que je m'indigne contre la suppression de cette bourse sans aucune raison, que je devrais déjà être contente d'avoir obtenu cette mention, et que finalement, si j'ai mis tant d'effort dans mon BAC, ce n'est que pour l'argent, que la bourse au mérite fait bien d'être arrêtée, parce qu'elle est uniquement devenue la carotte pour faire avancer l'âne... Je ne vois pas en quoi je devrais ne rien dire et "être contente de ce que j'ai au lieu de vouloir à tout prix ramasser du fric" alors que l'on nous enlève une récompense, celle de la réussite

Une lettre envoyée à Mme Fioraso

Madame la secrétaire d'Etat,


Je me permets de vous contacter pour vous faire part de mon profond désaccord face à la dernière réforme des bourses étudiantes prévue par le gouvernement. 

On ne peut bien entendu que saluer la création d’une aide bénéficiant aux boursiers ‘’échelon 0’’ : ces étudiants auparavant laissés de côté avaient bien besoin d’une aide pour faire face comme tous aux difficultés de la vie étudiante (logement, transports, frais de scolarité, achats de livres, etc).

 

L’initiative est louable, mais je ne comprends pas pourquoi elle se fonde partiellement sur une réappropriation des fonds alloués aux bourses au mérite dont je considère que le système éducatif français pouvait être fier. Cette disparition, si on en a eu vent -- de manière trop discrète, ce qui est blâmable, mais cela ne nous emmène pas loin – n’a pas été expliquée. Cette décision politique nous donne l’impression surtout que les élèves méritants et travailleurs issus des milieux défavorisés ne sont plus dignes de l’attention du gouvernement.

 

La réforme des bourses peut chercher théoriquement à aider les classes moyennes souvent délaissées ;  dans la pratique, ce sont des étudiants de ces mêmes milieux qui comme moi (aux échelons 1 ou 2), titulaires d’une mention très bien,  se retrouvent privés de la moitié de l’aide qu’ils prévoyaient de la part de l’état, et vont devoir s’endetter et/ou demander un effort supplémentaire à leurs parents qui parfois ne peuvent tout simplement  pas le faire.

Les étudiants privés de cette bourse sont supposés être les plus méritants : ce sont ces mêmes boursiers qui vont entreprendre des études prestigieuses et difficiles, et ils n’ont pas besoin que des difficultés financières viennent mettre en péril la réussite de leur scolarité. Une grande partie des prétendants à la bourse au mérite seront en classes préparatoires dans les années à venir : il n’est tout simplement pas possible pour eux au vu de la charge de travail d’avoir un emploi parallèlement à leurs études, sans que cela mettre gravement en danger leur réussite. A titre personnel, cette réforme me met en grande difficulté ; vous savez comment la vie est chère pour un étudiant. Je ne suis pas le seul : la réalité, les implications directes de cette réforme, un article d’Europe 1 paru hier nous la montre, et je me permets de vous le citer :

 

« Pour Thaïs, l'incompréhension domine : "Je suis vraiment très en colère. La suppression de cette bourse ne fait qu'accentuer la dévalorisation du baccalauréat. On supprime ainsi la considération des efforts qu'on a pu fournir tout au long de l'année." À la rentrée, elle intégrera une prépa littéraire mais avec un désavantage car elle devra travailler. Elle s'est d'ores et déjà inscrite dans une boîte d'intérim. »

 

Cette mesure, vous y êtes sensible, ne fait que rouvrir le fossé que vous aviez cherché à combler ; elle n’enraille pas la reproduction des élites, elle la favorise à nouveau, en mettant en danger la réussite d’étudiants désireux de donner le meilleur d’eux-mêmes, aujourd’hui et pour demain. 

 

Le vôtre?

Contactez-nous : touchepasamaboursejelamerite@gmail.com