Une lettre envoyée à Mme Fioraso

Madame la secrétaire d'Etat,


Je me permets de vous contacter pour vous faire part de mon profond désaccord face à la dernière réforme des bourses étudiantes prévue par le gouvernement. 

On ne peut bien entendu que saluer la création d’une aide bénéficiant aux boursiers ‘’échelon 0’’ : ces étudiants auparavant laissés de côté avaient bien besoin d’une aide pour faire face comme tous aux difficultés de la vie étudiante (logement, transports, frais de scolarité, achats de livres, etc).

 

L’initiative est louable, mais je ne comprends pas pourquoi elle se fonde partiellement sur une réappropriation des fonds alloués aux bourses au mérite dont je considère que le système éducatif français pouvait être fier. Cette disparition, si on en a eu vent -- de manière trop discrète, ce qui est blâmable, mais cela ne nous emmène pas loin – n’a pas été expliquée. Cette décision politique nous donne l’impression surtout que les élèves méritants et travailleurs issus des milieux défavorisés ne sont plus dignes de l’attention du gouvernement.

 

La réforme des bourses peut chercher théoriquement à aider les classes moyennes souvent délaissées ;  dans la pratique, ce sont des étudiants de ces mêmes milieux qui comme moi (aux échelons 1 ou 2), titulaires d’une mention très bien,  se retrouvent privés de la moitié de l’aide qu’ils prévoyaient de la part de l’état, et vont devoir s’endetter et/ou demander un effort supplémentaire à leurs parents qui parfois ne peuvent tout simplement  pas le faire.

Les étudiants privés de cette bourse sont supposés être les plus méritants : ce sont ces mêmes boursiers qui vont entreprendre des études prestigieuses et difficiles, et ils n’ont pas besoin que des difficultés financières viennent mettre en péril la réussite de leur scolarité. Une grande partie des prétendants à la bourse au mérite seront en classes préparatoires dans les années à venir : il n’est tout simplement pas possible pour eux au vu de la charge de travail d’avoir un emploi parallèlement à leurs études, sans que cela mettre gravement en danger leur réussite. A titre personnel, cette réforme me met en grande difficulté ; vous savez comment la vie est chère pour un étudiant. Je ne suis pas le seul : la réalité, les implications directes de cette réforme, un article d’Europe 1 paru hier nous la montre, et je me permets de vous le citer :

 

« Pour Thaïs, l'incompréhension domine : "Je suis vraiment très en colère. La suppression de cette bourse ne fait qu'accentuer la dévalorisation du baccalauréat. On supprime ainsi la considération des efforts qu'on a pu fournir tout au long de l'année." À la rentrée, elle intégrera une prépa littéraire mais avec un désavantage car elle devra travailler. Elle s'est d'ores et déjà inscrite dans une boîte d'intérim. »

 

Cette mesure, vous y êtes sensible, ne fait que rouvrir le fossé que vous aviez cherché à combler ; elle n’enraille pas la reproduction des élites, elle la favorise à nouveau, en mettant en danger la réussite d’étudiants désireux de donner le meilleur d’eux-mêmes, aujourd’hui et pour demain.