Melissa, étudiante à ScPo Paris

Source : Nouvel Obs http://rue89.nouvelobs.com/2013/07/12/sans-bourse-merite-nen-serions-244160

Issue d’une famille d’ouvriers, d’origine algérienne, je grandis en Savoie. Depuis mon enfance, ma mère, veuve et qui travaille depuis qu’elle est très jeune, m’encourage sans relâche à étudier. Le message passe bien, visiblement, puisque l’école devient mon échappatoire, ma voie de sortie, celle qui me donne l’opportunité de choisir.

En dehors du lycée, je suis agent d’entretien dans un hôtel pour économiser, en vue de financer mes études. Plusieurs professeurs m’aident pour le choix de mon orientation, choix dont j’aurais pu être privée, compte tenu de mon environnement familial ; leurs conseils s’avèrent très précieux.

Préoccupée par les obstacles financiers, je me renseigne très tôt à propos des modalités d’attribution des bourses. Dès lors, la simple perspective d’obtenir une aide qui me permette d’envisager mes choix d’orientation post-bac sans autocensure – pour des raisons financières – m’incite doublement à obtenir d’excellents résultats. L’attribution de cette aide devient presque une nécessité.

L’affichage des résultats au bac est un moment de délivrance. Avec l’obtention de la mention TB et les félicitations du jury avec plus de 18/20, je bénéficie de la bourse sur critères sociaux et du complément d’aide au mérite au cours de mes cinq années d’études universitaires suivantes.

Cette aide n’est pas un chèque en blanc, elle implique assiduité et sérieux dans mes études. J’intègre Sciences-Po Paris directement après le baccalauréat. Très active dans la vie associative de l’établissement, j’essaie de tirer le maximum de cette excellente formation académique.

Avec le recul, je ne vois pas comment j’aurais pu étudier dans ces conditions et vivre à Paris sans cette bourse. Elle ne constituait pas un « confort » supplémentaire, mais une ressource absolument indispensable, sans laquelle j’aurais probablement dû opter pour un emploi en parallèle de mes études, au risque d’échouer au niveau académique. Oui, sans elle, la barrière des inégalités sociales aurait probablement coupé court à mes ambitions.

Elle représente donc bien plus qu’un virement sur mon compte bancaire. Elle m’a donné le sentiment que la France valorisait mes efforts et était là pour soutenir ceux qui ont initialement moins de cartes en main mais une volonté de fer pour accéder aux meilleures formations.

Bien entendu, la bourse au mérite ne fait pas tout, mais elle est à mon sens l’un des dispositifs qui, combiné à d’autres, peut contribuer à la rénovation de l’ascenseur social. Et cette sincère reconnaissance que je ressens depuis, je souhaiterais vraiment que de nombreux étudiants puissent la ressentir à l’avenir.

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