Morgane, future étudiante en médecine

Après une année de durs labeurs, j’ai obtenu mon bac S avec 17,94 de moyenne, recevant ainsi la mention très bien tant convoitée. En effet, aînée d’une famille modeste de 3 enfants, je pars en première année de médecine, année difficile impliquant de nombreux sacrifices. L’année dernière, sur 3340 étudiants, seuls 448 ont été sélectionnés pour poursuivre leurs études de médecine. Le travail personnel est donc colossal. Ainsi, pour maximiser mes chances de réussite, mes parents ont insisté pour m’inscrire dans une prépa privée payante. J’avais accepté en me disant que je ferais tout mon possible pour obtenir la mention très bien et ainsi bénéficier de la bourse au mérite, d’une valeur de 1800 euros par an. Vous imaginez donc ma joie le jour des résultats ! Malheureusement, cette joie fut de courte durée…
En effet, au début du mois de juillet, j’apprends par hasard, sur la page facebook d’un ami, que la bourse au mérite est supprimée à partir de cette année. Croyant d’abord à un canular, je cours montrer l’article à mon père, qui me confirme l’information. Dépités, nous ne savons alors que faire face à cette nouvelle difficulté. Je possède à ce jour une bourse de 1653 euros via le crous. Mais cette somme se révèle très insuffisante pour financer mes études. En effet, ma prépa coûte 3540 euros, mon logement 2856 euros par an et le coût de la nourriture est estimé à 1100 euros. Soit au total 7496 euros ! Sans compter l’achat du matériel pour mes études et des équipements pour vivre au quotidien. Si j’avais bénéficié de la bourse au mérite, cela aurait fait 4043 euros restant à payer. Sauf que maintenant, c’est 5843 euros que mes parents doivent sortir de leurs poches, sachant que nous vivons sur le seul revenu de mon père.
Depuis ce jour, nous vivons constamment dans le stress de l’avenir. Mon père doit faire des heures supplémentaires, et moi, n’ayant pas obtenu de travail saisonnier, je revends mes affaires sur internet. Cela peut paraître dérisoire, mais j’agis selon mes capacités, ne pouvant travailler pendant ma première année de médecine. Tous les étudiants de deuxième me disent que pour 4 heures de cousr, il faut environ 10 heures de travail personnel. Où puis-je trouver le temps de travailler à mi-temps à côté ? La moindre dépense est donc réfléchie. Nous privons notamment mes sœurs de 13 et 4 ans de vacances à contre cœur. Bref, un quotidien des plus insupportable pour nous tous.
J’en viens même à me sentir coupable d’avoir voulu partir en médecine. Pourtant, je rêve de pratiquer ce métier depuis l’âge de 8 ans. Tous mes profs ainsi que mes parents sont persuadés que je vais réussir ma première année, malgré mon manque de confiance en moi. De plus, ma sœur qui a 5 ans de moins veut devenir pédiatre. C’est également une excellente élève, elle est même meilleure que moi ! Alors je refuse d’accepter l’idée qu’elle ne pourra pas réaliser son rêve parce que sa sœur aînée fait déjà des études trop chères. Nous sommes donc découragés de voir que, malgré notre travail et nos capacités, notre avenir soit mis en péril.
Enfin, certains osent dirent que les bons élèves n’ont pas besoin de la bourse car ils viennent déjà d’un milieu favorable. FAUX ! La bourse au mérite était attribuée aux bons élèves sous critères sociaux, donc à ceux en difficulté financière. Mon père a commencé à travailler à l’âge de 18 ans comme simple ouvrier, malgré ses diplômes, et s’est battu pour grimper petit à petit les échelons, et éduquer convenablement ses filles. Il n’avait que 17 ans quand je suis venue au monde, pourtant il a su prendre ses responsabilités. Ma réussite et celle de mes sœurs est donc aussi un rêve pour mes parents, que j’admire pour avoir su s’en sortir malgré les préjugés et les difficultés. C’est pour cela que je juge cette suppression de bourse injuste, alors que notre gouvernement de gauche est sensé développer l’égalité des chances. Où est cette égalité ? Où est cette justice ? Supprimer la bourse au mérite pour faire des économies ? Absurde ! Cette économie est dérisoire. La supprimer car le nombre de mention très bien augmente ? Encore une fois ridicule ! Le nombre de bourses attribuées était déjà fixé au départ. On se sent donc abandonné, trahi par notre propre pays. On s’étonne après que de plus en plus d’étudiants partent à l’étranger…

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